
Je ne suis pas âgé, je viens à peine d'entrer dans la vie active, mais que le temps de mon enfance me semble loin !
Je me souviens du plaisir que nous prenions, avec mes parents et grands-parents à regarder l'Eurovision, divertissement familial où chaque pays chantait dans sa langue, selon ses traditions, composant ainsi une véritable ode à l'Europe, à la richesse et à la diversité de son immense patrimoine culturel !
Que reste-t-il de ce temps dont seule une quinzaine d'années nous sépare ? Rien. Sur les trente-sept pays ayant présenté une chanson, vingt-six l'ont fait en anglais ! Même l'Allemagne ! Même la Russie ! Goethe et Pouchkine vous remercient bien, messieurs-dames. Et ces chansons en anglais se ressemblent toutes : un infâme gloubiboulga de dance matinée de rnb. L'Europe semble s'enfoncer inéluctablement dans une médiocre uniformité (in)culturelle soumise à la non-culture américaine.
Mais ne montons pas sur nos ergots, ne comptons pas sur la France pour relever le niveau : l'antépénultième place de notre représentante n'a en l'occurrence rien d'étonnant. Virginie Pouchain, adorable jeune femme à la très jolie voix se vit imposer une chanson choisie par on ne sait qui et pondue par un certain Corneille. Ce monsieur aurait mieux fait de la composer en anglais lui aussi, sa chanson, cela aurait peut-être évité les fautes de grammaire qui la ponctuent. En particulier, il aurait ainsi évité d'écrire
je me rappelle de toi. L'on dit en effet se rappeler quelque chose, et se souvenir
de quelque chose.
Le résultat fut une affligeante chansonnette, de loin la plus ennuyeuse de la compétition, et qui a bien mérité sa place médiocre. La faute en revient au système de sélection de nos représentants. S'il n'y a rien à dire quant au choix de Virginie Pouchain, il est par contre scandaleux et anti-démocratique qu'on l'ait obligée à chanter ce texte. Dans la plupart des autres pays d'Europe, on choisit un artiste venant avec
sa chanson. Qui donc a retenu cette chanson minable dudit Corneille ? Une chose est sûre : elle n'aurait même jamais passé les qualifications régionales.
Ne comptons pas non plus sur nos commentateurs pour essayer de nous faire passer une bonne soirée. Leur principal plaisir fut de parler par dessus le spectacle que les organisateurs grecs s'étaient donné le mal de produire. Ce spectacle avait l'air bien beau, dommage que la musique en fut couverte par notre paire de pitres, dont l'unique motivation était de ne surtout laisser aucun blanc, de meubler pendant ce qu'ils pensaient être huit interminables minute
s. Mais messieurs, ne vous est-il pas venu à l'esprit que c'était à propos que les organisateurs avaient créé ces chorégraphies, et que
peut-être bien des téléspectateurs voulaient les voir ? Monsieur Drucker, l'on vous a connu en meilleure forme ! Il faut mettre à votre décharge que votre comparse était bien handicapant. Visiblement pas recruté pour ses capacités intellectuelles, l'énergumène passa les deux dernières heures à répéter en boucle
pourvu qu'ils nous donnent des points, pourvu qu'on marque nos premiers points et autres platitudes équivalentes.
N'est-ce pas par ailleurs étonnant que la France et l'Allemagne furent les seuls pays de la compétition dont les téléspectateurs aient choisi de voter comme chanson numéro un pour la Turquie ? Il est interdit de voter pour son propre pays. Mais si moi, français, je réside en Turquie, je pourrai bien sût voter pour la France, mon numéro de téléphone étant turc.
Un mot enfin sur le vainqueur de la compétition : le groupe finlandais de hard-rock Lordi, avec sa chanson
Hardrock Alleluia. Devons-nous vraiment nous étonner que ce sommet de monstruosité vulgaire et sataniste soit choisi comme la meilleure production européenne de l'année ? Si l'on considère l'attrait grandissant d'une part de plus en plus importante de la jeunesse européenne pour les pratiques satanistes, sa haine viscérale de la foi chrétienne de ses grands-parents, la facilité pour cette même jeunesse de voter par sms, alors non, plus rien ne peut nous étonner. Oui, vraiment, quinze ans sont parfois une éternité.