Reactif

07 avril 2006

Chris Patten pessimiste pour la France

Ancien commissaire européen, dernier gouverneur de Hong Kong, Chris Patten est aujourd'hui chancelier de l'université d'Oxford. Francophile, francophone, il séjourne fréquemment dans sa maison française et a donné à ce titre une très intéréssante entrevue au journal Le Monde. Extraits.

"Je suis surpris par la déconnexion entre le débat politique, tel qu'il s'exprime dans la rue, et la vie des entreprises françaises dans le monde. C'est très étonnant. Je l'ai vu à Hongkong, les entreprises françaises sont incroyablement efficaces sur le marché mondial. Qu'il s'agisse de l'aéronautique, de l'automobile, de l'industrie de luxe ou de l'assurance, les Français sont agressivement concurrentiels. On a du mal à le croire si l'on écoute seulement les politiciens."

"Il y a aussi quelque chose de curieux, presque de pittoresque, dans cette furieuse résistance française à la prise de contrôle de n'importe quelle compagnie par des intérêts étrangers alors que vous êtes si spectaculairement bon dans l'achat des compagnies des autres. En 2005, près d'un tiers des grandes acquisitions internationales ont été le fait de Français."

"On a l'impression qu'il y a deux France : l'une où se déroule le débat sur le contrat première embauche (CPE) et l'autre qui produit l'essentiel des ressources qui permettront de payer les retraites des fonctionnaires."

"L'un de mes meilleurs amis a une petite entreprise dans le Tarn. Il emploie huit personnes, mais il pourrait en employer douze ou treize. Il ne le fait pas par crainte du surcoût social. A cause de ce genre de problèmes, beaucoup d'enfants d'agriculteurs de la région sont au chômage."

"Le problème, c'est [que les français] résistent de plus en plus aux changements qui affectent, surtout, la qualité de vie de certains groupes bien protégés. Les étudiants défendent leur droit à un emploi à vie même si cela maintient au chômage beaucoup d'autres gens. C'est une manière excessivement conservatrice d'envisager la solidarité sociale."

"La majorité des étudiants veulent être fonctionnaires. Il est admirable que les Français continuent d'être aussi fiers de servir leur Etat. Mais leur manque d'esprit d'aventure, cette volonté de faire la même chose toute leur vie, je trouve cela assez déprimant."

"On a dit aux Français pendant des années que leur modèle social était parfait. Il est donc difficile de changer de message, à moins d'expliquer clairement le but à atteindre."

"Prenez la recherche et le développement. Les Etats-Unis dépensent au moins deux fois plus que nous dans la recherche, le Japon aussi. Ce n'est pourtant pas si difficile d'allouer plus d'argent à l'université et aux instituts de recherche. Nous sommes si condescendants à propos des Américains, alors qu'ils dépensent deux fois plus que nous dans la connaissance et le savoir."

"Comment l'Europe peut-elle éviter "les Trente piteuses" après les "Trente glorieuses", malgré un déclin, en termes relatifs, par rapport au reste du monde, de sa population, de sa production, de son commerce, ou de sa croissance? L'essentiel de la réponse appartient aux Etats- nations. A Bruxelles, aujourd'hui, le grand projet, c'est simplement de gérer les affaires avec compétence."